Vous n’avez pas pu passer à côté de la série britannique événement “Adolescence”, diffusée sur Netflix
En quatre épisodes d’une heure, la série plonge le spectateur dans une tension palpable, explorant les méandres de la culpabilité, de la famille et de l’influence des réseaux sociaux sur les jeunes.
Une performance de réalisation
L’élément de mise en scène le plus marquant d’Adolescence est son utilisation systématique du plan-séquence, c’est-à-dire une prise unique, sans coupe visible, qui couvre un épisode entier (environ une heure chacun). Cela signifie que chaque épisode a été minutieusement chorégraphié, répété et capté comme une seule scène continue.
Chaque plan-séquence exige une coordination parfaite entre les acteurs, qui doivent livrer des performances sans interruption pendant de longues périodes ; les équipes techniques (caméra, son, lumière), qui doivent évoluer dans les décors sans jamais apparaître à l’image ; la mise en scène, qui doit intégrer transitions, changements de lieux, et effets dramatiques en temps réel.
Ce procédé renforce l’immersion : le spectateur est plongé aux côtés des personnages sans échappatoire, ressentant leur stress, leur malaise, et leur confusion en temps réel. C’est particulièrement efficace pour représenter la spirale émotionnelle de la famille de Jamie, les interrogatoires policiers où la vérité se dérobe, ou encore la dynamique entre les adultes dépassés et les adolescents enfermés dans leur monde numérique.
L’absence de coupures donne un rythme organique, presque documentaire. On oublie la caméra. Les silences, les hésitations, les regards deviennent plus éloquents que n’importe quel dialogue écrit.
Le choix de tourner chaque épisode en plan-séquence fait d’Adolescence une œuvre aussi techniquement impressionnante qu’émotionnellement saisissante.
Des acteurs d’une justesse incroyable
Owen Cooper dans le rôle de Jamie
À seulement 14 ans, Owen Cooper livre une interprétation d’une maturité exceptionnelle, incarnant Jamie Miller, un adolescent accusé du meurtre d’une camarade de classe. Son jeu oscille entre vulnérabilité, confusion et tension intérieure, rendant son personnage à la fois insaisissable et profondément humain.
Le personnage est au cœur du récit, mais parlant peu. Il faut donc faire passer l’émotion par les silences, les regards, les gestes.
Jamie est également un personnage ambigu : ni entièrement victime, ni clairement coupable, il évolue dans une zone grise morale, ce qui demande une grande subtilité d’interprétation.
Le récit est non linéaire émotionnellement : il ne s’agit pas d’une montée dramatique classique, mais d’une exploration psychologique à plusieurs niveaux, parfois contradictoires.
Les scènes en plan-séquence (sans coupes) exigent de maintenir une intensité dramatique constante pendant de longues prises — un véritable marathon émotionnel.
Stephen Graham incarne Eddie Miller, un père dévasté par l’arrestation de son fils
Eddie Miller, incarné par Graham, est le père de Jamie, l’adolescent accusé de meurtre. Son personnage est à la fois protecteur et impuissant, aimant et maladroit, souvent en colère mais toujours bouleversé. C’est le portrait d’un homme ordinaire projeté dans une situation extraordinaire, et Graham le joue avec une intensité rare.
Stephen Graham, que l’on a pu voir dans Snatch en petite frappe maladroite, dans This is England en skinhead qui part en vrille, ou en chef de cuisine dépassé dans The Chef, est sans doute l’un de mes acteurs anglophones favoris.Ce rôle dans Adolescence confirme que c’est un immense acteur.
L’ensemble du casting est d’une justesse impressionnante
Que ce soit Ashley Walters qui joue l’inspecteur Luke Bascombe, déterminé à découvrir la vérité, Erin Doherty qui interprète Briony Ariston, la psychologue qui tente de comprendre l’état d’esprit de Jamie ou encore Katherine Kelly, la mère de Jamie, effacée mais bouleversée, qui tente de maintenir l’unité familiale malgré tout (la scène entre les 2 parents du dernier épisode est bouleversante), tous les acteurs sont justes et bouleversants.
Un phénomène dangereux de société : les incels
L’origine du terme
Le mot “incel” a été inventé dans les années 1990 par une femme canadienne dans un contexte de soutien et de discussion sur la solitude amoureuse, sans connotation haineuse à l’époque. Cependant, au fil du temps, le terme a été repris par des communautés en ligne (notamment sur des forums comme Reddit ou 4chan) et a évolué vers un mouvement souvent misogyne et haineux.
Caractéristiques communes chez les incels
Les incels se caractérisent d’abord par une frustration sexuelle et affective prolongée, un ressentiment envers les femmes, accusées de les rejeter au profit d’hommes considérés comme plus attirants (souvent appelés “Chads”), des idéologies fatalistes ou déterministes : ils estiment que l’apparence physique (notamment le visage, la taille) détermine entièrement le succès amoureux.
Les incels utilisent également un vocabulaire codé : par exemple, “Chads” (hommes attirants), “Stacys” (femmes attirantes), “blackpill” (idéologie selon laquelle les incels sont condamnés à l’échec romantique).
Certains individus affiliés à ces milieux ont été liés à des actes de violence, notamment des fusillades motivées par la haine envers les femmes. Les communautés incel peuvent parfois amplifier des discours misogynes, dépressifs ou dangereux pour la santé mentale des membres.
Voir la bande annonce ci-dessous :


